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Un jeudi pour Darwin (2023)
de Mathieu Baillargeon
publié le mercredi 17 janvier 2024

par Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe


 


Comment soigner la fracture emphatique ? Jack a une fracture emphatique et fait le mort en s’allongeant partout, en attendant de vivre. Il s’agit une sorte de claquage, comme un muscle qui a été trop sollicité, qui ne lui permet plus de ressentir des émotions ni de discerner le bien du mal. C’est ainsi que la bien étrange et très jeune thérapeute aux allures de princesse prénommée Lena lui explique la chose. Elle évoque une expérience de vie imminente à mener. Se sent-il invisible et seul ?… "Seulement quand il y a du monde" révèle t-il.


 


 

Et Jack essaye de faire de nouveau partie du monde et de renaître. Sur son parcours d’homme-accident comme il se définit, il fait des rencontres et réalise qu’il n’est pas le seul à vivre cette expérience, à traverser ce chaos… où l’amour n’est plus vraiment la solution.


 


 

En immersion aux côtés de Jack dans ce long métrage entièrement tourné au ralenti, toute l’attention du spectateur est mobilisée car ce n’est plus le scénario qui est aux commandes mais bien une exploration audio-visuelle, temporelle et émotionnelle. Chaque plan, chaque son, les mots, les couleurs ou le noir et blanc sont les jalons de ce voyage à rebours des conventions. Découverte sensorielle, le film invite à repenser le récit entre la réalité et l’imagination. Rythmé par les différentes directions de vie et de rêves qu’emprunte Jack, de nuit comme de jour, son errance est jalonnée d’accidents, de rencontres avec des femmes, de la présence de son ami, de ses enfants…


 


 


 

Nous le suivons tantôt courant au travers de la vieille ville, s’échappant sur un vélo, dans un bus ou au volant de son véhicule, tantôt arpentant la voie ferrée et la forêt. Sur des voix off ou over, Un jour pour Darwin se vit comme une véritable plongée expérimentale.


 


 


 

Le questionnement métaphorique relatif à cette fracture emphatique dont souffre Jack s’applique à toute l’humanité. Comme si la conscience de se savoir mortel avait été anesthésiée en ce monde. Est-il encore possible de faire demi-tour ? Jack, cet enfant, qui souhaitait être docteur pour animaux vivants, s’est retrouvé leur médecin légiste. Il en résulte une forme de désenchantement et d’indifférence. En renouant avec les expériences, en explorant le chaos, se crée un nouvel équilibre précaire. Jack dont les lunettes se brisent à chaque accident, tente de contempler les étoiles par-delà le soleil qui empêche de les voir.


 


 

Il est l’homme du futur conditionnel comme le souligne une des chansons du film (1) et ne se fixe aucun objectif. Le titre même du film trouve son explication dans un court épilogue intercalé dans le générique de fin. C’est peut être le jeudi dans l’espèce humaine qui doit changer pour survivre…


 

Mathieu Baillargeon (2) interroge, par ce premier long métrage en forme de digression, la condition humaine et le devenir voire la pertinence de son évolution. Intégralement tourné à Annecy et ses environs, dans les montagnes des Aravis et à Thônes, Un jeudi pour Darwin propose un autre rapport au temps et à l’image. Tous les acteurs professionnels et amateurs y sont particulièrement convaincants. Au spectateur de venir s’embarquer.

Anita Lindskog
Jeune Cinéma en ligne directe

* Ce film appartient au programme Découvertes du Saint-André des arts.

1. "Homo Conditionalis" Futurae par Nicolas Mollin.

2. Site officiel de Mathieu Baillargeon.


Un jeudi pour Darwin. Réal, sc, ph, mont, : Mathieu Baillargeon ; mu : Christine Zayed. Int : Jacques Houssay, Cyrielle Schmitt, Florence Perrier, Jennifer Wesse, Maximilien Minsk (France, 2023, 99 mn).



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