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Titli, une chronique indienne (2014)
de Kanu Behl
publié le mardi 5 mai 2015

par René Neufville
Jeune Cinéma n°365, mai 2015

Sélection officielle Un certain regard du festival de Cannes 2014.

Sortie le mercredi 6 mai 2015


 


Dans les faubourgs délabrés de Delhi, une maison ouverte à la poussière donnant sur une rue défoncée où vit une famille de pauvres dans laquelle les hommes règnent sans partage. L’aîné des fils vocifère et tyrannise tout le monde, y compris son épouse qui le lui rendra bien. Le cadet s’esquive de temps en temps avec son ami, un jeune homme bien mis. C’est Titli, le plus jeune, qui souffre le plus de cette situation et le film adopte son point de vue : pour échapper à l’emprise de ses frères, il rêve d’un brevet de mécanicien et ambitionne de gérer un parking dans la ville nouvelle.


 


 

Ses plans seront déjoués par ses frères qui le marient de force dans l’espoir de le stabiliser en conservant sa force de travail à demeure, et l’enrôlent dans des braquages de voiture aussi aventureux que meurtriers. Titli va trouver en Neelu, sa jeune épouse, une alliée inattendue pour se libérer du carcan familial.


 

À première vue, Titli n’a rien pour plaire. On est loin de Bollywood et de ses paillettes. Plus près de Rocco et ses frères, la fraternité en moins. Plus près encore de Brillante Mendoza, quand il réalise le violent Kinatay. Le constat est noir, la mère est décédée trop tôt, le père a renoncé à jouer son rôle, il se tait et rôde au fond du plan, l’œil rivé sur sa télé. Entre ce quartier et les bretelles d’autoroute qui mènent à des zones éventrées par des chantiers de constructions colossales, la désespérance est grande comme la pauvreté et la violence qui se nourrit d’elle.


 

Titli fonctionne à la rage, celle qui s’empare de ses protagonistes prompts à user du marteau sur leurs victimes, rage de s’en sortir et désespoir de n’avoir pas de rêves plus consistants pour aller de l’avant. Les femmes sont en arrière-plan, victimes des pièges tendus par les hommes, mais agissent pour se faire entendre et se libérer.


 

Et autant la chronique familiale est dense, nourrie par l’histoire personnelle de Kanu Behl et la place qu’y occupe son père, autant la critique sociale reste en demi-teinte. Le film est âpre et dur, tourné en séquences fiévreuses avec des scènes coupées net au montage, et Neelu, la seule qui sourit de temps en temps, apporte un peu de fraîcheur et d’espoir dans ce monde déprimant.


 

Kanu Behl, né en 1980, est un jeune réalisateur indien qui a grandi dans le milieu du cinéma. Il a déjà réalisé des documentaires à Calcutta et travaillé avec Dibakar Banerjee, figure du cinéma indien indépendant, également producteur de ce film. Ce premier long métrage, a été projeté à Cannes en 2014 dans la sélection Un certain regard.
Dans la production cinématographique indienne dominante, Titli est un film rebelle et sincère, et Kanu Behl un cinéaste à suivre.

René Neufville
Jeune Cinéma n°365, mai 2015


Titli. Réal, sc : Kanu Behl ; ph : Siddharth Diwan ; mont : Namata Rao. Int : Shashank Arora, Shivani Raghuvanshi (Inde, 2014, 127 mn).



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