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Masaan (2015)
de Neeraj Ghaywan
publié le mercredi 24 juin 2015

par René Neufville
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sélection Un certain regard Cannes 2015

Sortie le mercredi 24 juin 2015.

La scène d’introduction donne le ton du film : Devi, une jeune étudiante, a rejoint son ami à l’hôtel.
Avertie par le gérant, la police fait irruption dans la chambre, menace et filme le couple au lit. Le garçon se réfugie dans la salle de bains où il s’ouvre les veines. Le père de Devi devra payer une rançon au policier corrompu pour échapper à l’infamie.

La scène se passe à Benarès, la cité sainte au bord du Gange.

En parallèle, on découvre Deepack dont la famille d’intouchables œuvre dans un ghat de crémation où les corps sont brûlés sur des bûchers au bord du fleuve.
Deepack s’éprend de Shaalu, mais elle est d’une caste supérieure et leur amour est compromis.
Des personnages en quête d’un avenir meilleur, écartelés entre la modernité et la fidélité aux traditions, dont les parcours vont se croiser.

L’Inde est tournée vers la modernité et l’innovation, mais elle est aussi le berceau de l’hindouisme, qui organise la vie sociale dans la hiérarchie rigoureuse des castes et détermine la destinée des individus dès leur naissance.


 

Le film exprime bien cette contradiction, sans didactisme, en montrant comment Devi et Deepack, rompus à l’informatique et aux comptes Facebook, misent tout sur leurs études, seul moyen d’échapper à l’emprise de ce carcan religieux et social.
Ils finiront par se rencontrer sur les rives du Gange, après avoir coupé les liens avec leur famille de Benarès, loin de la ville sainte et de son poids morbide.

L’intérêt de ce film très abouti tient à son approche très documentée : la crémation des morts, les gamins qui plongent pour récupérer les pièces qui partent au fleuve avec les cendres, les trains bondés, la misogynie des hommes, le courage et la beauté des femmes.

Mais ce sont les éléments d’une fiction sans mélo qui lui donnent son assise, comme le parcours de cette bague, celle de Shaalu, qui ponctue la ligne dramatique de la seconde partie du film.

C’est le premier long métrage de Neeraj Ghaywan, jeune cinéaste, assistant d’Anurag Kasbyan sur Gangs of Wasseypur.
Le jury d’Un certain regard a bien fait de lui décerner son prix de l’avenir.

René Neufville
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Masaan. Réal : Neeraj Ghaywan ; sc : Varun Grover ; ph : Avinash Arun Dhaware ; mont : Nitin Baid, Laure Gardette ; mu : Bruno Coulais. Int : Richa Chadda, Vicky Kaushal, Sanjay Mishra, Shweta Tripathi, Nikhil Sahni (Inde-France, 2015, 103 mn).

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