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Youth (2015)
de Paolo Sorrentino
publié le mercredi 9 septembre 2015

par Bernard Nave
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sélection officielle du festival de Cannes 2015

Sortie le mercredi 9 septembre 2015


 

Un hôtel de luxe dans la montagne suisse où l’on vient se reposer et se régénérer, et deux vieux amis, l’un cinéaste américain qui prépare son film testament (Harvey Keitel), l’autre chef d’orchestre et compositeur anglais à la retraite (Michael Caine).

S’ils sont âgés et soignent leur corps, leur esprit, leur verbe, leurs désirs n’en sont pas moins bien vivants. Mais ils sentent bien que leur temps est compté.

Alors, film sur la vieillesse ?

Oui, bien sûr.


 

Sauf que Sorrentino titre son film Youth et qu’à aucun moment il ne regarde ses personnages comme des has been.

Certes, Harvey Keitel explique bien ce que c’est que de regarder en arrière et en avant. Mais les deux artistes vivent dans un présent absolu, avec autour d’eux une multitude de figures plus ou moins proches, souvent grotesques, en tout cas bien moins fascinantes.


 

Il faut dire que le monde fermé de l’hôtel permet de rassembler une humanité qui offre des scènes d’une drôlerie irrésistible, d’autres mystérieuses. D’un ancien footballeur obèse avec un Marx géant tatoué dans le dos, à un couple mutique, en passant par une jeune masseuse qui se livre à des danses solitaires, à Miss Univers elle-même etc…, la galerie de portraits suffirait à alimenter plusieurs films.


 

À ce titre, Sorrentino n’est pas avare dans cette profusion dont on se dit qu’elle pourrait étouffer le cœur du sujet.
Or il n’en est rien. Comme dans La grande bellezza, on retrouve cette générosité d’un cinéma qui donne au spectateur des plaisirs intimes, comme des offrandes, un peu comme le faisait Fellini (et ici, on peut se souvenir de certains aspects de Otto e mezzo : décor, personnages burlesques, bains de vapeur).

Ses deux personnages en fin de course, Sorrentino les met au cœur des enjeux de la création artistique, pas sous la forme d’un discours, mais à travers ce qui est au cœur, comme le dit Harvey Keitel, à savoir l’émotion.

Émotion, drôle et tonitruante, quand l’actrice fétiche du réalisateur débarque pour annoncer qu’elle ne jouera pas dans son film (elle gagnera beaucoup plus à tourner dans une série télé). La scène entre Keitel et Jane Fonda est mémorable.


 

Émotion toute en nuance dans la scène qui clôt le film.
Le chef d’orchestre a enfin accepté de diriger ses Simple Songs devant la reine d’Angleterre.
En fixant les lèvres rouge écarlate de la soprano, il revoit le visage émacié de Mélanie, sa femme décédée pour qui il avait composé ces airs.

Le film est dédié à Francesco Rosi.

Youth (La Giovinezza). Réal, sc : Paolo Sorrentino ; ph : Luca Bigazzi ; mont : Cristiano Travaglioli ; mu : David Lang. Int : Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda, Mark Kozelek (Italie-France-Grande-Bretagne-Suède, 2015, 118 mn).

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