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Rois du monde (les) (Casteljaloux) (2015)
de Laurent Laffargue
publié le mercredi 23 septembre 2015

par René Neufville
Jeune Cinéma n° 368, automne 2015

Sortie le mercredi 23 septembre 2015


 


Il y a bien sûr de la dérision dans ce titre, car, à Casteljaloux, petite ville des Landes de Gascogne, les hommes ont été détrônés depuis longtemps, leur étoile est en berne, et ce sont trois femmes qui vont pointer la sortie du tunnel.
Jeannot sort de trois ans de prison et revient au pays avec une seule idée en tête, récupérer son amie Chantal, devenue depuis la compagne de Jacky, qui s’apprête à reprendre la boucherie de son père.


 


 

Pendant ses loisirs, Chantal anime un atelier de théâtre où se distingue un trio d’ados qui répète Tartuffe. La tension monte entre les deux amants de Chantal et la colère de Jeannot s’exacerbe en violence lors de beuveries où il s’assomme au pastis. L’issue sera fatale pour Jacky dans une scène de lynchage d’une rare cruauté.


 

Laurent Laffargue est connu pour ses mises en scène de théâtre et d’opéra à la tête de la Compagnie du Soleil bleu. Les Rois du monde est son premier film, conçu comme le troisième opus d’une trilogie consacrée à Casteljaloux après deux pièces de théatre.


 

On ne peut que se réjouir du déplacement des marges de notre cinéma trop souvent parisien vers la province. Mais paradoxalement le film ne tire pas profit de cet ancrage dans un lieu reculé où l’auteur a grandi et s’est échappé lui-même par le théâtre.
Casteljaloux ne donne pas une assise consistante, géographique, sociologique ou autobiographique au film. La ville est un décor, réduit à quelques rues désertées et un bistrot, endroit idéal pour faire rancir les revanches.


 

Un huis clos à ciel ouvert ne fait pas une tragédie en pleine lumière, et l’ambition affichée du réalisateur de renouer avec les figures de la tragédie grecque et du western tombe à plat, quand bien même serait-elle secondée par des envolées musicales plus pompeuses que lyriques, et quelques scènes truffées de grandiloquence. L’écriture de l’ensemble n’est pas suffisamment serrée et cette comédie noire tend au drame de la jalousie. Difficile de transformer des gens, presque ordinaires, en héros tragiques.


 


 

Chantal est au centre du film, prise en otage par ses deux hommes entre lesquels elle ne veut pas choisir, mais aussi passeuse entre le monde des adultes, ceux qui restent ou ne peuvent s’échapper de Casteljaloux, et celui des ados qui veulent en sortir. Céline Sallette lui donne sa frêle silhouette emportée par une détermination farouche pendant ses ateliers théâtre ou lorsqu’elle chante avec beaucoup de sensualité Ay, Carmela ! Et alors que son personnage d’ange gardien reste au second plan, Romane Bohringer tire son épingle du jeu en lui donnant une densité fragile et étonnante.

René Neufville
Jeune Cinéma n° 368, automne 2015


Les Rois du monde (Casteljaloux). Réal : Laurent Laffargue ; sc : LL, Frédérique Moreau ; ph : Fabrice Main ; mont : Marie-Julie Maille ; mus : Joseph Doherty. Int : Sergi López, Eric Cantona, Céline Sallette, Romane Bohringer, Guillaume Gouix (France, 2015, 100 mn).



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