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Harry Plotnick seul contre tous (1969)
de Michael Roemer
publié le mercredi 15 mars 2023

par Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection du Festival du film de Sundance 1990

Sorties les mercredis 16 mai 1990 et 15 mars 2023


 


Après la distinction de Nothing But a Man (1) aux festivals de Venise et de New York, Michael Roemer reçut plusieurs propositions émanant des grands studios pour tourner d’autres projets sur des Afro-Américains. Il les refusa toutes. Puis, en 1966, la King Broadcasting Company, basée à Seattle, lui offrit de réaliser, en toute liberté, un film sur le sujet de son choix pour lequel il aurait le final cut. Il écrivit alors le scénario d’une Jewish comedy, histoire de passer à autre chose. Le temps n’était pas encore à s’interroger sur la légitimité d’un film "sur les Afro-Américains", mis en scène, photographié et produit par des Blancs. "J’avais vu des gens souffrir, je voulais faire un autre type de film", expliqua-t-il. Tout autre est le décor de ce second long métrage en noir et blanc qui se déroule dans la vivacité du New York captée par la caméra de Robert M. Young. Il semble aussi que Michael Roemer ait voulu introduire l’humour qui manquait à ses précédents films au moment où Woody Allen débutait derrière la caméra avec What’s Up, Tiger Lily (1966) et Take the Money and Run (1969), et où Philip Roth remportait un énorme succès avec Portnoy’s Complaint (1969).


 


 

The Plot Against Harry, tourné en 1969, décrit le quotidien d’un petit gangster, ce qu’en yiddish on nomme un schlemihl, entre deux séjours en prison. Malheureusement, le film, sorti seulement en 1971, n’eut aucun succès et ne tint l’affiche qu’une semaine au Blue Mouse Theatre de Seattle. Michael Roemer le mit au placard jusqu’en 1989, reconnaissant n’avoir pas d’expertise en matière de comédie, après avoir constaté que personne ne riait aux situations pourtant absurdes. Cet insuccès semble inexplicable aujourd’hui. Sans doute tenait-il en partie à la structure capricieuse du film, à base de saynètes ou tableaux et à l’abondance de personnages, apparentés de près ou de loin.


 


 

Le nombre de gags est réduit ; le spectateur ne trouve guère de bons mots qu’il pourrait retenir et réutiliser. La valeur du film provient surtout de la précision de ses observations sur le milieu… du milieu qui y est présenté. Michael Roemer avait passé un an à en faire l’étude de près ou, comme on dit aujourd’hui, à s’y immerger en travaillant comme assistant-serveur à des baptêmes et à des mariages juifs à Long Island. Il avait aussi suivi un avocat dans différents tribunaux new-yorkais. Il s’informa sur le monde des paris et du racket, interviewa des call-girls et assista à des présentations de lingerie fine.


 


 

Il se chargea du casting lui-même, choisissant pour le rôle principal Martin Priest, qui figurait déjà dans Nothing But a Man. Il fit appel par ailleurs à des amateurs, à des semi-professionnels et à des membres de sa famille. Henry Nemo (Max, le factotum) avait ainsi été musicien dans l’orchestre de Duke Ellington et Maxine Woods (la très belle ex-épouse du gangster) exerçait comme… psychanalyste. The Plot Against Harry est également une "symphonie urbaine". Sur un New York disparu ou méconnaissable - les scènes ont été tournées dans le Bronx, à Brooklyn, dans le Queens, aucune d’elle n’y montre l’Empire State Building ou Broadway. On y retrouve les quartiers peuplés de Latinos et d’Afro-Américains avec les enfants qui jouent dans les rues comme dans le documentaire In the Street de Helen Levitt (1948). Et pour les scènes d’intérieur, reste toujours la prison. Celle d’où sort le protagoniste dès les premiers plans. Ou bien l’hôtel de luxe avec piscine où il réside le reste du temps.


 


 

Dans le cadre de ses activités, Harry se doit d’assister à toutes sortes de fêtes de famille - au sens large du terme - où se concluent les affaires. Tandis que tout le monde danse la farandole au son de la musique ashkénaze, que défilent d’affriolantes mannequins en soutien-gorge et shorty, Harry promène partout sa mine de Pierrot Lunaire. Les personnages du film ont leurs faiblesses, mais ne sont pas caricaturés. Le comique n’est jamais amer ou caustique, trop subtil, peut-être pour son temps.

Nicole Gabriel
Jeune Cinéma en ligne directe

* En entier sur Internet.

** Cf. aussi "Michael Roemer, An American Trilogy", Jeune Cinéma en ligne directe.

1. "Un homme comme tant d’autres", Jeune Cinéma en ligne directe.


Harry Plotnick seul contre tous (The Plot Against Harry). Réal, sc : Michael Roemer ; ph : Robert Milton Young ; mont : Georges Klotz & Terry Lewis ; mu : Frank Lewin. Int : Martin Priest, Ben Lang, Maxine Woods, Henry Nemo, Margo Ann Berdeshevsky, Christopher Cross, Ronald F. Hoiseck (USA, 1969, 81 mn).



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