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Journal de Abla (édito 2020)
Édito 2020
publié le mercredi 1er janvier 2020

2020 : Journal de Abla
 

 

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Au fil du temps, tous les éditos
 

Voyage dans le temps.
 



 

ÉDITO 2020

 



Voilà, une nouvelle décennie commence, dans un siècle déjà vieux et fatigué.
L’année 2019, qui nous faisait peur, n’a pas failli à ses promesses.
Où on rêvait encore un peu de "révolution joyeuse et rapide", on eut les colères et les soulèvements hétérogènes des peuples. Où on rêvait encore de belles saisons, on eut les fureurs et le déchaînement des éléments. Où on rêvait encore un peu de justice, on eut des inégalités plus sauvages que jamais.

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Le capitalisme, fils aîné et préféré du patriarcat, a tellement gagné qu’il définit carrément l’essence même du genre humain tout entier, à part quelques niches en voie d’extinction. Les dégâts sont considérables, les morts déjà innombrables, le présent est sans alternative, le futur est sans horizon. On est entré au cœur d’un désordre entropique, où quelques-uns feignent encore de savoir conduire, et tous les autres essayent de sauver leur peau.

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Alors, on s’est dit : les rêves anciens sont dissipés, changeons de rêves (et d’outils et de références). La tentation de la table rase, elle, s’amplifie, mais nul modèle ne surgit du passé. Il faut bien convenir que l’hypothèse d’un collapse offre bien des avantages intellectuels : le grand effondrement qui remplace le grand soir, même plus la peine d’intervenir, juste les laisser continuer comme ça, et se préparer.
Et les jeunes générations speedées d’embrayer à toute allure, hallucinées par les machines, faisant retour de nos vieilles cultures écrites à de nouvelles cultures orales, bien heureuses de ne pas avoir à lire des livres.
Pourtant, ils ont raison, les jeunes, quoiqu’ils fassent, et même s’ils sont manipulés par les vieux diables, du simple fait que c’est de leur temps qu’il s’agit.

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Aussi ne faut-il pas être dupe du piège béant, qui s’offre à nos pensées, une énième ruse du système, le morcellement.
Si on n’a pas les moyens de s’offrir le luxe de "dévoyer des énergies collectives considérables, mais pas forcément renouvelables" (la planète, ce serait trop loin) (1), on n’a pas non plus ceux de cloisonner et de hiérarchiser les causes (les syndicats, ce serait trop près, et le politique, ce serait nulle part).
Nous pensons que toutes les vieilles références sont recyclables, et qu’est venu le temps des synthèses et des synergies.

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Nous pensons que le monde, sous le soleil exactement, est en train de perdre son ombre, et que les utopistes, qui s’organisent en attendant l’apocalypse, qui ont l’air de se dérober au front, ne sont rien d’autre que des chercheurs d’âme, nécessaires compagnons de route et d’armes des manifestants du sens commun de la rue.

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Après Ma’ Joad la mère du syndicaliste, Old Gringo le témoin ironique, Hushpuppy la petite fille étonnée, Ben Cash le vieux hippie, Louise Wimmer la chômeuse sans homme, Ellis et Neck, les deux ados en phase d’initiation, Jeune Cinéma, en 2020, donne la parole à Abla, la grande dame du Sud, qui, dans son dialogue avec Samia son alter ego, offre un retour à l’origine, et pourrait tenir, quelques mois au moins, la place de l’Ange de l’histoire.

Jeune Cinéma

1. Selon l’expression de Frédéric Lordon.

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* Adam de Maryam Touzani (2019).

Abla : Lubna Azabal ; Samia : Nisrin Erradi.
Warda : Douae Belkhaouda ; Slimani : Aziz Hattab ; Rkia : Hasnaa Tamtaoui.



Voyage dans le temps.

 



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