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Journal de Old Gringo (janvier 2015)
Janvier 2015
publié le mardi 10 février 2015


JANVIER 2015

 



Samedi 31 janvier 2015

 

Mort de Lizabeth Scott (1922-2015)

Une carrière d’une douzaine d’années, une vingtaine de titres, presque tous des polars, et presque autant de rôles de "bad girl", un visage étonnant aux yeux glacés, Lizabeth Scott demeure une actrice exemplaire de la décennie dorée du film noir, entre 1946 et 1956.

Des réalisateurs de qualité (Lewis Milestones, John Cromwell, William Dieterle, André De Toth, Jacques Tourneur), des partenaires haut de gamme (Kirk Douglas, Charlton Heston, Humphrey Bogart, Robert Mitchum, Alan Ladd) : pourquoi, telle Lauren Bacall, n’a-t-elle pas eu droit à une filmographie plus fournie ?
Mystère.

Peut-être parce que son charme maléfique avait du mal à s’exercer hors du climat urbain nocturne - ses expériences dans le western ne furent guère concluantes (malgré Quatre étranges cavaliers, ce chef-d’œuvre de Allan Dwan) et sa reconversion en femme d’affaires (dans Loving You, en 1957, où elle "découvrait" Elvis Presley) non plus.

Son souvenir reste donc lié à cette belle période où elle incarnait les garces fatales. L’affiche de La Tigresse (Too Late for Tears) de Byron Haskin (1949) la définit parfaitement : "She got what she wanted, with lies, with kisses, with murder…").
On peut voir le film sur Internet.

Son ultime film avait pour titre Retraite mortelle (Pulp) de Mike Hodges (1972).
Une retraite durable : elle vient de disparaître, le 31 janvier 2015, à 92 ans.

En 1958, elle chantait tout de même bien gentiment !


 


Salut les câblés !

La semaine télé de Jeune Cinéma du 31 janvier au 6 février 2015.



Jeudi 29 janvier 2015

 

Hier, nous avons aussi noté la ressortie du film d’Elio Petri, La Dixième Victime (1965)

Quand il eut 36 ans, en 1965, Elio Petri eut un coup de déprime.

Les conditions de production d’un film lui étaient devenues insupportables.
Il avait derrière lui cinq longs métrages, à l’époque non diffusés en France.
Ses films les plus célèbres étaient encore à venir, notamment Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon (1970), La clases ouvrière va au paradis (1971), La propriété, c’est plus le vol (1973), Todo Modo (1977).

Après sa mort, le festival de Venise lui rendit un hommage en 1983, et Jeune Cinéma lui consacra un dossier (Jeune Cinéma n°155 décembre 1983).
On y trouve une lettre inédite de Petri, se plaignant, à propos de La Dixième Victime, des difficultés de son travail.

Aujourd’hui, La Dixième Victime ressort à Paris.
C’est l’occasion, pour tous les cinéphiles, d’aller voir ce film méconnu.



Mercredi 28 janvier 2015

 

Le Cinéma La Clef nous convie à une soirée René Vautier (qui était prévue depuis longtemps, et se transforme désormais en hommage posthume, en présence des réalisatrices).

* À 19h30 : Histoires d’images, images d’histoire de Moïra Chappedelaine-Vautier & René Vautier (2014).

* À 21h00 : Salut et fraternité. Les images selon René Vautier de Oriane Brun-Moschetti (2014).

Tarif spécial pour les deux séances : 10 €

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À propos de Vautier, notre ami Henri Dumolié, de Marseille, nous envoie un souvenir qui nous plaît bien. Nous faisons passer.

"J’ai pas mal fait de choses avec lui lors des années de plomb avec les barbus en Algérie.
Un jour que nous étions ensemble à Annaba pour des Rencontres Cinématographiques organisées courageusement par Yaceff Saadi et son frère, il nous a raconté une histoire désopilante bien que grave.
Pendant ses séjours dans les maquis, il avait été amené à se faire exfiltrer d’Algérie car cela chauffait beaucoup trop. Un cargo pinardier devait l’amener en Sicile dans la nuit. Mais ce soir-là, un aviso de la marine se mit à patrouiller auprès du cargo dès que celui-ci quitta le port. Le capitaine fit descendre René dans la soute qui était en fait la cuve à pinard. Il restait très peu de vin mais avec le roulis, René petit à petit s’intoxiqua, et on dut, à l’arrivée, le transporter dans un couvent de religieuses (!) qui servait de lieu de rencontre, notamment au réseau Jeanson, où il put se remettre.
Bien plus tard, lors d’une présentation en Italie, il fut pris dans les bras par une vieille religieuse qui le reconnaissait : "Briaco francese !" (que l’on pourrait traduire par "Tiens voilà l’ivrogne français !")."


Les sorties de la semaine sur grand écran :

* Hope de Boris Lojkine (2013).

* Les nuits d’été de Mario Fanfani (2014).

* Nuits blanches sur la jetée de Paul Vecchiali (2014).

* Snow Therapy de Ruben Östlund (2014).

Les ressorties en versions restaurées :

* Le Cri du sorcier de Jerzy Skolimowski (1978).

Et

* Soleil vert de Richard Fleischer (1973).

Les thèmes des films de science-fiction ont toujours été les reflets des préoccupations du présent des cinéastes.

Dans les meilleurs des cas, elles se sont révélées être des dénonciations de plus en plus visiblement politiques.
Elles ont évolué au long des années. À la place du légendaire space-opera, par exemple, sont apparues de nouvelles catégories, comme le cyberpunk ou le hard science fiction.

Ainsi, parmi les meilleurs révélateurs des années 2000, on peut citer les films politiques comme Repo Men de Miguel Sapochnik (2010) ou Contagion de Steven Soderbergh (2011), tout autant que le poétique Lost River de Ryan Gosling (2014), descendant de Lynch.
Bienvenue à Gattaca de Andrew Niccol (1997) ou eXistenz de Cronneberg (1999) étaient déjà des préfigurations des temps nouveaux.

Les années 70 ont marqué un tournant majeur dans l’histoire de la science-fiction au cinéma, et après la naïveté de celle des années 50 et le tournant politique de 1968, les films se sont engagés.

De cette période, il reste des films inoxydables, toujours d’une brûlante actualité. Soleil vert de Richard Fleischer (1973) en est un des plus éminents représentants. Tous ceux qui ne l’ont pas (encore) vu doivent profiter de sa ressortie sur les écrans.


 



Mardi 27 janvier 2015

 

Le 27 janvier 1945, le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz était libéré par l’Armée soviétique. Il y a 70 ans.

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Dix ans après, en 1955, Alain Resnais réalisait Nuit et brouillard.
Avec Hanns Eisler (musique) et Jean Cayrol (texte), ainsi que, notamment, André Heinrich, Chris Marker, Charles Lauthe et Anne Sarraute.
À notre connaissance, aucun autre film, depuis lors, n’a jamais dit mieux.

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Il est visible sur Internet.
En 2015, on peut - on doit - le revoir.

* Nuit et brouillard, part 1.

* Nuit et brouillard, part 2.

ou avec l’intégralité du générique.


Demain mercredi 28 janvier 2015 et jusqu’à dimanche 1er février 2015, à la Cinémathèque de Bercy, se déroulent des journées qu’il ne devrait pas être permis de zapper, sauf avec une grande excuse : Toute la mémoire du Monde, 3e édition.

C’est un mini-festival à la programmation très "dense", comme la Cinémathèque le souligne elle-même, avec des films restaurés parfois très rares, des rencontres internationales, des ciné-concerts, des ateliers et séances pour les plus jeunes, le tout sous le parrainage et en la présence de Francis Ford Coppola.

Mercredi 28 janvier 2015, c’est une journée de rencontres, plutôt pour les professionnels.

* À 9h30 : Histoire de la restauration des films, état des lieux de la restauration, futur de la numérisation.

* À 14h15 : Le projet "Lumière !" au grand Palais et l’état des lieux de la diffusion du patrimoine.

Les quatre jours suivants, il y a des films pour tout le monde, avec même un programme pour les enfants.

* Un hommage à Francis Ford Coppola

* Les trésors de la Fondation Cohen

* La naissance du Technicolor

* Restauration et incunables

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Jeune Cinéma a fait son propre programme, en sélectionnant les films les plus rares.
Mais il existe de nombreuse variantes.

Le mieux est de faire soi-même ses propres choix.

Jeudi 29 janvier 2015, la journée est chargée :

* À 11h00 : Love at First Flight de Edward Cline (1928)

* À 14h00 : Le Pirate noir de Albert Parker (1926)

ou bien - on hésite

* À 14h30 : L’Eau à la bouche de Jacques Doniol-Valcroze (1959).

* À 16h30 : Whoopee ! de Thornton Freeland (1930).

* À 19h00 : Goupi Mains-rouges de Jacques Becker, d’après Pierre Véry (1942).

Vendredi 30 janvier 2015, encore une rude journée :

* À 11h00 : La Baie du destin de Harold Schuster (1936).

* À 14H30 : En attendant le film suivant, Conférence sur la naissance du Technicolor.

* À 16H30 : Jezebel de Irving Rapper (1951).

* À 18h30 : Masques de cire de Michael Curtiz (1933)

* À 21h00 : Les Parias de la vie de Allan Dwan (1916).

Samedi 31 janvier 2015, ça se calme :

* À 11h00 : Matchmaking Mamma de Harry Edwards (1929) et Mammy de Michael Curtiz (1930).

Dimanche 1er février 2015, un seul film, mais une merveille immanquable

* À 11h00 : Le Réprouvé (Redskin) de Victor Schertzinger (1929).


 



Lundi 26 janvier 2015

 

Mort de Demis Roussos (1946-2015)

Les vieux soixant-huitards se souviennent de lui et des Aphrodite’s Child, en mai 1968, sur France Inter. Sur les transistors, le tube hyper-sentimental Rain and Tears (musique de Vangelis, paroles de Boris Bergman) rythmait, en contrepoint paradoxal, les nouvelles hyper-guerrières de la rue.

Et puis, les sus-dits vieux ont cessé de pratiquer le slow pour emballer, et l’ont un peu perdu de vue et d’ouie, le Demis.

En 1975, on l’a signalé chez Derrick.
En 1982, non crédité, il chantait Tales of the future, dans Blade Runner de Ridley Scott.
En 2012, Il faisait l’acteur dans Tu honoreras ton père et ta mère de Brigitte Rouan. Il y jouait un pope très crédible, lui qui avait commencé la musique, tout enfant, dans sa communauté orthodoxe.

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Pendant la dictature des colonels (1967-1974), Demis ne pensait qu’à la musique et engageait une carrière internationale.
Le soir où Syriza gagne, en 2015, Demis s’éclipse.

Mais nous sommes injustes.

À Bratislava, en 2006, les vieilles dames essuyaient une larme dans la salle, quand il reprenait son premier tube, remis à neuf. Après tout, les slows, ça sert aux deux bouts de la vie, à la drague puis à la nostalgie.

Il fut finalement un crooner pacifique, qui croyait en l’amour et ne désespérait pas du genre humain, même dans les années 80, ce qui est à son crédit.



Dimanche 25 janvier 2015

 

À Athènes, Syriza a gagné.
Nous sommes à Omonia et à Klafmonos avec eux.

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Samedi 24 janvier 2015

 

Salut les câblés ! La semaine télé de Jeune Cinéma du 24 au 30 janvier 2015.



Jeudi 22 janvier 2015

 

Le festival de Sundance 2015 (31e édition) commence aujourd’hui, à Park City, USA (22 janvier-1er février 2015).

Il a été créé en 1978, par Robert Redford, à Salt Lake City (en 1981, il a déménagé à Park City), pour, en marge de Hollywood, soutenir le cinéma indépendant, et son histoire (rétrospectives et leçons de cinéma).

En France, nous nous souvenons de la découverte de la chaîne Sundance Channel, en 2010, apparue soudainement et gratuitement, sur notre câble. C’était leurs débuts : impossible de programmer quoi que ce soit, la chaîne fonctionnait à l’heure américaine.

Mais quel bonheur, pour nous qui n’allions pas au festival, de découvrir à Paris, au petit bonheur la chance, parfois au milieu de la nuit, ces feelgood movies, ces documentaires politiques, biographiques ou musicaux, ces séries iconoclastes, toute une Amérique selon notre cœur, new-yorkaise ou frontalière, multiethnique et engagée.

Et puis, peu à peu, le programme s’est mis en place, les horaires sont devenus français, la familiarité a dissipé sa propre étrangeté et son inquiétude.

Sous le plaisir de la reconnaissance des repères, il y eut, de plus en plus souvent, quelque chose qui ressemblait à la douceur de l’ennui.
Ce n’était ni la violence, ni le suspense, ni la vitesse, ni le triomphe des méchants qui nous manquaient.

Question de rythmes plutôt.
Ça "swinguait" pas, c’était trop slow, et ça s’était même détaché des répétitions des musiques planantes. Ça manquait de drogue peut-être.

La programmation dans son ensemble - tout le cinéma indépendant américain ? - se mettait à ressembler à un voyage sur une autoroute allemande. Un comble pour nous qui avions tant aimé les road movies, de Au fil du temps à Point Limite Zero.

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Il y avait encore parfois de jolies découvertes, mais l’étincelle de l’exploration s’était éteinte. Avions-nous tant changé que ça ? Ou c’était eux ?
Nous avons dû convenir que nous appartenions décidément, corps et âmes, à la civilisation qu’il nous est si doux de critiquer, celle du danger, celle de la dialectique, celle de l’histoire.

Même les ancêtres pré-révolutionnaires nous travaillent.

C’est un grand agrément que la diversité :
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui naquit un jour de l’uniformité.

(Les amis trop d’accord, Antoine Houdar de La Motte, mort en 1731)

Donc, bêtes et méchants, bousculant qui nous avons aimé (et à qui nous demeurons pourtant fidèles), nous ne résistons pas à vous brancher sur le générique parodique proposé par AlloCiné.
"With music by The Clapping Orphans Choir of Detroit".



Mercredi 21 janvier 2015

 

Selon un rapport de Oxfam qui circule depuis 2 jours, 1% des plus riches possèdent 50% des richesses de la planète.
C’est pas un scoop.
Occupy Wall Street proclamait il n’y a pas si longtemps : "Nous sommes les 99%".

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Pour les gérants de la République, les inégalités hurlantes sont une découverte qu’ils dénoncent vigoureusement. "Vieux moutard que j’aimais", rigolaient nos ancêtres. Ils progressent.
Il finiront par ne plus s’étonner que les 99% n’aient pas exactement le même humour que les 1%.

On peut même imaginer qu’un jour ou l’autre, entre le Nord et le Sud une "jonction" s’opère, comme ça s’est produit le 10 mai 1869, à Promontory Point, Utah, entre l’Est et l’Ouest, entre la Central Pacific et l’Union Pacific.
Il faudrait, pour cela, une solide volonté, ne rêvons pas.

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Sans transition, les sorties de la semaine sur les grands écrans.

* Foxcatcher de Bennett Miller (2014)

* Rendez-vous à Atlit de Shirel Amitaï (2014)

* Discount de Louis-Julien Petit (2014) avec Olivier Barthelemy et Corinne Masiero.
À l’occasion de la sortie du film, AlloCiné met en place une opération inédite : La bande annonce solidaire. Les recettes publicitaires générées par cette vidéo seront reversées aux Restos du Cœur. Plus la bande-annonce de Discount sera vue, plus le don sera important.

La ressortie en version restaurée.

* Le Temps de l’innocence de Martin Scorsese (1993).
Après Cape Fear, ce film nous ramène vers une inspiration plus sage à travers l’adaptation du roman de Edith Wharton (1920).


Ce mercredi, il y a aussi la sortie du DVD de Party Girl, de Marie Amachoukeli, Claire Burger & Samuel Theis, chez Pyramide Vidéo.
Le film a connu un grand succès en 2014 : Caméra d’or et Prix Un certain regard à Cannes, Grand prix du film à Cabourg.

Avec le DVD, on a des bonus :

* Forbach de Claire Burger, en collaboration avec Marie Amachoukeli & Samuel Theis (2007, 35 mn). Grand Prix du Festival de Clermont-Ferrand 2009.

* C’est gratuit pour les filles de Marie Amachoukeli & Claire Burger (2009, 23 mn). Mention du jury au Festival de Clermont-Ferrand 2010.



Mardi 20 janvier 2015

 

CinéCaro, ça marche !

Ça a commencé à l’automne dernier, dans le IIIe arrondissement de Paris : des séances de ciné-club, à l’ancienne, en présence du réalisateur, avec un bon film et un débat sympa, à l’Auditorium du Carreau du Temple (4 rue Eugène Spuller, 75003 Paris).

Inauguration de CinéCaro en octobre 2014, avec La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan (1969) : Journal de Ma’ Joad, mardi 14 octobre 2014.

Poursuite avec Ne touchez pas à la hache de Jacques Rivette (2007), en décembre 2014 : Jounal de Ma’ Joad, mardi 9 décembre 2014.

Ce soir

* À 19h30 : La Vierge, les Coptes et moi… un documentaire de Namir Abdel Messeeh (2012).
En présence du réalisateur et du philosophe Daniel Ramirez, animateur du Cinéphilo, au cinéma L’Entrepôt.
Le film a été sélectionné à Berlin et par Acid, à Cannes en 2012.

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Lundi 19 janvier 2015

 

Il existe, à Paris, un lieu délicieux, bien connu des cinéphiles (ceux qui qui l’ignorent encore, doivent se remettre à jour de toute urgence).

C’est la Bibliothèque du cinéma François-Truffaut.

Autrefois, nous fréquentions la bibliothèque André-Malraux, rue de Rennes, qui était bien petite. La bibliothèque Truffaut, elle, n’a ouvert ses portes, aux Halles, qu’en 2008.

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La fréquentation des bibliothèques n’est pas une habitude universelle, même pour ceux qui lisent ou regardent des DVD. Beaucoup préfèrent acheter et posséder plutôt qu’emprunter.
Mais dans une bibliothèque, on ne fait pas qu’emprunter.
On entre, on sort de la zone bruyante d’inconfort, on se recueille, on se repose. On entre dans la paix.
Et il faut vivre combien celle-ci est belle, chaleureuse, accueillante, ouverte à tous, comme une étape rose et cool au milieu de la ville, et pas seulement pour les "cinéphiles", catégorie fermée périmée.
Comment dit-on désormais ? "Nous sommes tous des cinéphiles".

Il est très facile de s’y inscrire. On bénéficie alors de toutes les possibilités offertes par ses collections (livres, revues, DVD, etc.), en consultation ou en prêts.

Et, comme dans un club privé, il y a des privilèges, réservés aux adhérents.

Ce lundi, par exemple, on fête le 6e anniversaire de la rue du Cinéma, avec la projection, en avant-première de Dear White People de Justin Simien, Prix spécial du jury au festival de Sundance 2014 (le film ne sortira en salles que le 25 mars 2015).

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Cet événement est organisé par la bibliothèque François-Truffaut, le Forum des images et l’UGC Ciné-Cité-Les-Halles.

Donc une suggestion :
Si vous n’êtes pas déjà inscrits à Truffaut, allez le faire.
Et profitez-en pour aller voir le film de Justin Simien.

Les films primés par Sundance (vous savez, le festival créé par Robert Redford) - devenu le plus grand festival américain - ne sont jamais indifférents.



Dimanche 18 janvier 2015

 

Mort de Faten Hamama (1931-2015)

Ici, on ne la connaissait probablement pas, à part les spécialistes du cinéma arabe.

C’est fou ce qu’on peut-être égocentriste, ethnocentriste, et évidemment cinécentriste en Occident, alors qu’ailleurs dans le monde, fleurissent des cinématographies luxuriantes, en Inde, en Chine, en Égypte.

Il y a, bien sûr, les festivals qui servent à sortir de nos villages.
De temps en temps, à Paris, des célébrations dans les centres culturels ou à la Cinémathèque.
Il y a aussi les coups de l’industrie du cinéma, qui font surgir tel ou tel "renouveau" de tel ou tel pays, et parviennent à la presse.
Mais c’est vrai qu’on n’a pas assez de temps.

Ce qu’on peut savoir a minima de Faten Hamama, c’est du people, mais ça vaut mieux que rien : Faten Hamama était une grande star égyptienne. Et une femme de caractère, qui fut de tous les combats féministes.

Elle avait joué dans Ciel d’enfer de Youssef Chahine (sélection Cannes 1954).

Et pour pouvoir l’épouser, en 1955, un certain Michel Demitri Shalhoub, libanais, s’était converti à l’Islam devenant Omar Sharif.

Plus tard, leurs carrières les ont séparés, il est parti pour Hollywood, et elle est restée en Egypte, où on la pleure aujourd’hui.

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Samedi 17 janvier 2015

 

Après le massacre des 12, le 7 janvier 2015, et les 5 qui ont suivi, est venu le temps des funérailles, ces derniers jours.

Pour Charb, il y a eu l’Internationale.
Du jazz pour Cabu et pour Wolinski.
Pour Philippe Honoré, Joan Baez, qui habite Paris désormais, est venue chanter Farewell Angelina.

Les vieux babas pleurent un coup.

 


Salut les câblés !

La semaine télé de Jeune Cinéma du 17 au 24 janvier 2015



Jeudi 15 janvier 2015

 

Nous avons reçu quelques protestations d’abonnés de la première heure de Jeune Cinéma : nous n’aurions pas parlé de la mort de Francesco Rosi.

Mais si, mais si, on en a parlé, on est du genre fidèle, ni apostat, ni renégat. C’est devenu trop dangereux, d’ailleurs.
Simplement, Rosi a eu la mauvaise idée de mourir le dimanche 11 janvier 2015, en même temps que Anita Ekberg d’ailleurs.
Et sur le site de JC, il faut fouiner dans les coins, tout n’est pas en vitrine.

* Journal de Old Gringo, Dimanche 11 janvier 2015

* Rosi à Venise en 1970, à propos de Uomini contro

* Les Hommes contre (Uomini contro, 1970)

* La Trêve (La tregua, 1996)



Mercredi 14 janvier 2015

 

Ce matin, un vent breton souffle sur Paris, et il y a quasiment une émeute devant notre kiosquier pour récupérer LE numéro de Charlie Hebdo. Toutes sortes de gens.

On sait bien, depuis Durkheim, que les faits sociaux ne peuvent être expliqués que par d’autres faits sociaux. Et pas par des faits psychologiques individuels.

Mais tout de même, cette Madame Untel qui nous bouscule et se bat pour acquérir un journal dont elle n’avait jamais entendu parler il y a une semaine, qui n’a plus ni livre ni papier chez elle où tout est en machine, qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?

"C’est un collector à ne pas rater" ? "Je pourrai toujours le revendre sur eBay" ? "Ça intéressera nos petits-enfants" ?

Et surtout que va-t-elle penser quand elle va voir de quoi il s’agissait réeellement ?
Va-t-elle penser d’ailleurs ? Ne s’agit-il pas seulement d’avoir (acheter et posséder), tellement plus facile (et visible) que d’être ?

Auto-critique 1. Pourquoi Madame Untel, et pas Monsieur Untel, hein ? Et d’ailleurs qui est, exactement, ce fameux "homme quelconque", l’uomo qualunque italien ?

Auto-critique 2. Zola disait ne pas pouvoir s’enfermer dans sa tour d’ivoire "sous le simple prétexte que la foule est sotte". "J’ai besoin de la foule, je vais à elle comme je peux", disait-il.

Auto-critique 3. Charb disait : "J’aime pas les gens".

C’est pas pour nous vanter, mais juste pour faire bisquer les parvenus de l’info en temps réel (qu’est-ce qu’un "parvenu" ? c’est quelqu’un qui va trop vite) :

Nous, nous avons la collection complète de Charlie.
Et aussi celle de ses dérivés, comme Siné mensuel.
Et aussi celle de ses ancêtres comme Hara-Kiri.
Nous n’osons imaginer leur cote sur Internet.

Dernière minute : Pour faire face à la demande, Charlie Hebdo va être tiré à 5 millions d’exemplaires. Merde, ça va faire descendre la cote.


Les sorties de la semaine sur les grands écrans

* Bébé Tigre de Cyprien Vial (2014) :

* Les Nouveaux Sauvages de Damian Szifron (2014)

* Alda et Maria de Pocas Pascoal (2012)



Lundi 12 janvier 2015

 

Ce soir au Louxor, en avant-première (20h-22h), sous l’égide de Jeune Cinéma, on va tous voir : Bébé-Tigre de Cyprien Vial (2014), en présence du réalisateur et de l’équipe du film.
Lire l’entretien avec Cyprien Vial.

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Pour tous ceux qui ne connaissent pas encore la mythique salle du Louxor Palais du cinéma, c’est aussi une belle occason d’aller l’admirer.
Elle avait ouvert en 1921. Après avoir enchanté des milliers de cinéphiles, et connu mille déboires, la salle a ouvert à nouveau le 17 avril 2013, toujours aussi égyptienne et aussi magique.

Le Louxor : 170 bd Magenta, 75010, métro Barbès.
Tarifs Louxor



Dimanche 11 janvier 2015

 

Mort d’Anita Ekberg (1931-2015)


 


Mort de Francesco Rosi (1922-2015)

Francesco Rosi (1922-2015), nous l’avons tant aimé.
Salvatore Giuliano, (1961), Main basse sur la ville, (1963), L’Affaire Mattei, (1971), Cadavres exquis, (1975), font partie intégrante de notre culture politique.

Et Les Hommes contre, donc, un des rares films sur la désertion, en 1917 (avec Les Sentiers de la gloire ou Pour l’exemple, notamment), qui fut présenté au festival de Venise 1970 et y fut contesté. Cf. [la conférence de presse donnée par un Rosi, très politique.

Signalons qu’on peut voir, ou revoir, Uomini contro (1970) sur Internet, en VO sous-titrée.
1ère partie et 2e partie.

C’était un autre temps, moins œcuménique, où le premier travail était de dénoncer les turpitudes du système, avec le secret espoir que l’art avait son mot à dire.
Le cinéma politique italien triomphait alors sur nos écrans et dans nos cœurs.

Et puis, il y a eu un reflux, partout en Europe. Depuis plusieurs siècles, ça s’appelle la "réaction". Godard, dans un de ses premiers films, faisait dire à une minette : "C’est bien la réaction ! c’est bien de réagir !". Ironique prémonition de 2015.

Le dernier film de Rosi La Trêve (1997), d’après Primo Levi, est reçu très froidement, sauf par Jeune Cinéma.
Comme si il y avait des sujets qui se démodaient.
D’ailleurs, pourquoi "comme si" ? Hélas !

La tregua, film mal aimé.


 

Rosi a reçu, quand même, en 2008 l’Ours d’or d’honneur de la Berlinale pour l’ensemble de sa carrière. En en 2012, à la Mostra de Venise, le Lion d’or d’honneur.
À 80 ans, en 2002, il avait aussi été consacré docteur honoris causa à la Sorbonne.


Up your pencils, anyway !

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Solitaire intempestif
(20h de France 2, samedi 10 janvier 2015)

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Éloge de la marge

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Où est Charlie ?

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Samedi 10 janvier 2015

 

Salut les câblés !

La semaine télé de Jeune Cinéma du 10 au 16 janvier 2015.



Mort de Rod Taylor (1930-2015)

Le dernier souvenir : il était Winston Churchill dans Inglorious Basterds de Tarantino en 2009, son dernier film. Il n’a jamais cessé de tourner, depuis ses vingt ans, même si beaucoup de ses films nous ont échappé.

Mais on se souvient quand même de lui dans Geant de George Stevens (1956), dans La Machine à explorer le temps de George Pal (1960) où il joue George (H. G. Wells) lui-même, et surtout dans Les Oiseaux de Hitchcock (1963) où il est Mitch Brenner. Et puis on le voit dans Zabriskie Point de Antonioni (1970).

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Et même, nous nous souvenons de lui, dans un épisode de The Twilight Zone alias La Quatrième Dimension, la série mythique de science-fiction de Rod Serling (1959-1964) sur CBS.

Dans la première saison, 11e épisode, il jouait le lieutenant-colonel Clegg Forbes, dans And When the Sky Was Opened (Les Trois Fantômes) d’après le roman de Matheson.
Nous avions revu la série en entier, il y a quelques années, une vraie addiction.
On peut l’emprunter dans toutes les bonnes médiathèques de Paris.



Vendredi 9 janvier 2015

 

Charlie Hebdo. La stupeur ne se dissipe pas.

En France, les anciens ont perdu d’un seul coup leur jeunesse et leurs marques. Les jeunes sont bouleversés. Les mots, qui ont trop servi, manquent. L’idée archaïque de patriotisme et d’union sacrée flotte un peu partout.

Mais qu’est-ce qu’on croyait, nous autres, Français, armés de notre arrogante histoire ?

Quelque chose de neuf a surgi, pourtant, une lueur.
Et qui vient de chez nous.
Ce "Je suis Charlie", spontané, tout autour du monde, de Paris à NYC, de Rio à Sydney, en passant par Hong Kong.

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À l’autre bout de la Terre, même le Sydney Morning Herald se dit en deuil.

Comme une toute jeune Ve Internationale, à l’état naissant, encore très fragile, informelle et non-organisée, donc non-autoritaire. Manquerait seulement l’orga(nisation) de l’émotion...

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Jeudi 8 janvier 2015

 

Fini de rigoler ?



Charlie Hebdo, Paris, mercredi 7 janvier 2015, 11h30

Cabu, Charb, Tignous, Wolinski, nos chers amis.
Et les autres, nos camarades

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Un souvenir parmi d’autres : Wolinski et Charb à la BNF.



Mercredi 7 janvier 2015

 

La Cinémathèque française organise, à Bercy, un hommage à François Reichenbach (1921-1993) (7 janvier-23 février 2015).

Les gens sérieux renvoient Reichenbach au cinéma-vérité, et évoquent Un cœur gros comme ça, son 2e long métrage, Prix Louis-Delluc en 1962.

Nous, on aime bien le scopitone (ancêtre du clip), qu’il fit en 1968, l’histoire de Bonnie and Clyde, avec Bardot et Gainsbourg.


Sorties sur les grands écrans :

* Captives de Atom Egoyan (2014).

* Queen and Country de John Boorman (2014).

* La Rançon de la gloire de Xavier Beauvois (2014).

* Les Règles du jeu de Claudine Boriez & Patrice Chagnard (2014).



Mardi 6 janvier 2015

 

À partir de ce soir, à la Cinémathèque de Toulouse : le cycle "Tourneur père et fils".

* Maurice, le père (1878-1961), le théâtreux, français, qui devint aux États-Unis, un grand réalisateur du muet comparé à Griffith. Il a même une étoile sur le Hollywood Walk of Fame de Los Angeles.

* Jacques, le fils (1904-1977), qui, nationalisé américain à 15 ans, suivit les traces de son père, fit l’essentiel de sa carrière à Hollywood.
Tous deux revinrent finir leur vie en France.

Un programme éblouissant jusqu’au 11 février 2015.

Dans le hall, une expo des trésors que la Cinémathèque recèle dans ses collections : affiches originales, pressbooks et photographies.

Sur les Tourneur, voir la conférence de Bernard Chardère.

Et coup de chapeau à Calindex et ses innombrables (et souvent introuvables ailleurs) sources.



Lundi 5 janvier 2015

 

Aujourd’hui, lundi 5 janvier 2015, à 14h30, la Cinémathèque française passe, dans le cadre de l’hommage à Claude Sautet, un film rare, Bonjour sourire (1955).

C’est la seconde projection, mais la précédente a eu lieu le 29 décembre 2014, et les accros de Bercy ayant parfois d’autres choses à faire en cette période, il est bon d’y revenir.

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Dimanche 4 janvier 2015

 

Ce matin, René Vautier (1928-2014) est mort à l’hôpital, en Bretagne où il vivait.

Nous nous souvenons du temps où la Fédération Jean-Vigo passait des films interdits comme son Afrique 50, ou bien quand elle lui envoyait ses propres films, pour la Cinémathèque d’Alger.

De lui, on retient toujours Avoir vingt ans dans les Aurès, visible sur Internet, mais dans sa version non restaurée.
Mieux vaut se procurer le DVD.
Avec une douce chanson, obsédante.

Mais son œuvre est infiniment plus vaste et nuancée.
Et, outre celui du colonialisme, ses fronts sont nombreux : pollution,, capitalisme, racisme et apartheid, extrême-droite, féminisme, Bretagne...

Un coffret DVD, 14 films sur l’Algérie, vient de paraître chez Les Mutins de Pangée.



Samedi 3 janvier 2015

 

Nous avions raté la sortie de Baal, il y a cinq semaines, et pourtant ce n’est pas faute d’avoir aimé le pauvre B.B., et aussi Schlöndorff, et même Fassbinder. Loin des yeux, loin du cœur, on n’y échappe pas.

Et là, il faut saluer le coup de génie de Schlöndorff : Baal-Fassbinder.
Il n’est pas trop tard, puisque Baal passe encore dans plusieurs salles parisiennes.

Les adaptations de Brecht au cinéma ne sont pas si fréquentes, d’autant qu’il s’agit là, côté BB, d’une œuvre de jeunesse moins connue par les cinéphiles que par les théâtreux. Côté Volker Schlöndorff, il s’agit d’un film inédit.

Aucune réédition en cette première semaine de l’année : profitons du patrimoine dévoilé en 2014.


BAAL de Volker Schlöndorff - Extrait VOSTF par LesBAdeVivalaCinema
 


Salut les câblés !

La semaine télé de Jeune Cinéma du 3 au 9 janvier 2015.



Jeudi 1er janvier 2015

 

La Cinémathèque française a eu la bonne idée de consacrer une soirée, le 24 novembre 2014, à Pat O’Neill, cinéaste californien expérimental, jusqu’à présent peu fréquenté par chez nous.
Excepté quelques traces au Centre Pompidou et une partie de colloque à l’INHA et Paris VIII, en 2012.

Nous avions découvert ses films à la Mostra de Pesaro, en 1997, mais dans des conditions assez décourageantes - ils étaient projetés en fin de soirée, jamais avant minuit trente. Ce qui ne nous avaient pas permis d’en rendre compte de façon juste, comme ce fut le cas pour Ernie Gehr deux ans plus tard.

La coopérative Cinédoc, qui a déjà à son catalogue DVD Norman McLaren et Alexandre Alexéieff, vient d’éditer trois de ses œuvres.
Plus d’excuse désormais pour ignorer son travail.


Comme quelques autres - Tardi, Ferré, Brassens, Beauvoir, Sartre, les Curie, Jacques Prévert - Thomas Piketty refuse la légion d’honneur.

La bonne vieille méthode de la récupération, battue en brèche.

"C’est bien beau de refuser la légion d’honneur. Encore faut-il ne pas l’avoir méritée", disait Érik Satie.

Mais qui diable "mérite" cette décoration napoléonnienne ?

Les décorations, c’est comme les discours : l’important, c’est de savoir d’où ça vient, et avec qui on va, désormais, former une bande.


Un édito 2015 à rebonds

 

Le 1er janvier 2014, nous avions sur le monde le regard de Ma’ Joad. Quelque chose comme une tendresse mêlée à un désespoir. Et puis l’année a vieilli doucement, changeant la donne et les pensées.

La crise (économique) n’était plus "une" crise de plus, mais la crise ultime (générale).
Le mot même, devenu malade, désignant l’innommable, devenait tabou. Les placards débordaient des terreurs refoulées à la hâte. Malgré la langue de bois des gérants, le malaise gagnait la civilisation - occidentale, donc désormais mondiale.

La montée des périls, ça devait être un changement d’époque. Et des changements d’époques, les Terriens en avait vu beaucoup.

On donna alors des coups de peinture aux mots, dans l’illusion de changer les choses. Et les rapports de force. Apparurent ainsi, par exemple, la disruption et le futurologue.

Misant sur les minorités et sur les marges, à partir de tout petits indices d’intérêt local, les penseurs construisirent, sans fondations solides, des notions consolantes : la troisième révolution industrielle (alliance du déclin du capitalisme et de l’avènement des nouvelles technologies) ou le modèle collaboratif (déclin de la propriété et retour en force de la valeur d’usage). Misant aussi sur le temps, qu’on n’avait plus, ce qui commençait à se savoir.

Ailleurs, quelques soldats (combien de divisions ?) continuaient à penser en termes d’action traditionnelle. Il y avait les gentils, en Espagne ou en Grèce, sur quelques places urbaines ou sur quelques zones à défendre. Il y avait aussi des (très) méchants, pas très loin.

Déguisés en héros de tragédie grecque, passés par les lassantes péripéties, nous, nous finissions par souhaiter la catastrophe finale, dépités de ne pas la distinguer dans l’abondance des hypothèses. Il nous fallait donc continuer à filtrer le monde à travers nos sources habituelles, les livres, les films, les personnages.
Et l’humour noir.

Ambrose Bierce, l’observateur non dupe du grand patron Hearst (le citoyen Kane), avait tout compris. Un jour de 1914, à 70 ans, après avoir connu une horrible guerre à 19 ans, et affronté des deuils et des trahisons de toutes sortes le reste de ses jours, il disparut quelque part au Mexique. Carlos Fuentes retrouva sa trace : il avait rejoint la révolution de Pancho Villa. Il y avait rencontré un jeune général, qui pensait comme dans dans Matrix : "N’élève pas la voix, mais sors ton plus grand sabre". Le vieil écrivain, lui, pensait : "Être un gringo au Mexique, ça c’est de l’euthanasie !" Il y avait aussi rencontré une femme, sa dernière, qui forcément aurait le dernier mot.
Luis Puenzo nous fournit les images.

C’est avec cet Old Gringo (1), sarcastique et toujours amoureux, notre ange tutélaire en 2015, que se joueront - peut-être - les aubes nouvelles.

Jeune Cinéma
 

1. Old Gringo de Luis Puenzo (1989). Ambrose Bierce (Old Gringo) : Gregory Peck.
 


Puis janvier 2015 a éclaté et tout changé. L’aube nouvelle était blême.

Mercredi 7 janvier 2015
 

Massacre au journal Charlie Hebdo.
Une horreur.
Qui a changé la donne, et semble avoir réveillé les consciences, par le bout de la liberté d’expression.
Mais nous ne sommes pas tous le même Charlie.
 

Lundi 13 janvier 2015
 

Bien entendu, on peut rigoler - et même ricaner - des "obsèques nationales" qui ont été faites à nos chers amis de Charlie Hebdo, avec ce parterre de VIP hétéroclite, voire contre-nature.
On peut aussi saluer le joyeux bordel qui a suivi la manif, à la télé, sur l’A2, service public. Vite, maintenant, car la fin de la récréation sera sûrement sifflée, tôt ou tard.

Il n’empêche.
Ce qui c’est passé dimanche 11 janvier 2015 est inoui. Même après le 11 septembre 2001, il n’y avait pas eu d’équivalent. Les phénomènes œcuméniques, ça nous épate toujours. Tant qu’ils ne se révèlent pas grégaires.

Quoiqu’il en soit, ce que nous pensions "avant" a été modifié "après".
Car voici : le Terrien nouveau est - pourrait être - arrivé, non-violent.
Et ça s’est passé à Paris, France.
Paris, contemplé et relayé par tout le pays, et par le monde entier.

Tous nos vieux doivent se réjouir.

Les vieux penseurs, Marx, Durkheim ou Mauss, qui voient à nouveau leurs outils opératoires. Juste un petit coup d’antirouille, quelques nouvelles techniques modernes, et ça devrait le faire (au moins pour analyser). Rien ne leur plaît plus que la transmission de leur savoir-faire, quelle que soit sa forme nouvelle. Et l’Occident, avant de disparaître - démographie oblige - a encore beaucoup de chose à enseigner.

Et la vieille taupe, donc, qui, spécialiste des surprises, voit un premier résultat de son travail de couture silencieux. Sous la surface, au delà des coupons naturellement séparés, les déchirures étaient nombreuses. Ravaudages, dentelles, et "entre-deux", et mini-actions, associations et territoire national se sont rejoints.

Quant aux jeunes, ils triomphent de voir leurs machines, leurs textos et autres flashmob prouver leur utilité et soutenir leurs émotions nouvelles. Individualisés, "clivés", ils avaient grand besoin de se rassembler. Ils savent désormais que le nombre et la non-violence sont aussi des armes.

Les peuples font l’histoire ?
Les dirigeants décrètent l’état d’urgence. Ou récupèrent le coup.
Rien n’est joué.
Mais quelque chose est arrivé, qui ressemble à l’ombre de l’esquisse d’une utopie.

Jeune Cinéma
 


JEUNE CINÉMA VOUS SOUHAITE UNE BONNE ANNÉE 2015 !



 


Pour un rétrospective de l’année 2014

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