Journal de Abla (mai 2020) II
16-31 mai 2020
publié le samedi 30 mai 2020


 

MAI 2020

(16-31 mai 2020)
 



Samedi 30 mai 2020

 

Salut les câblés, et les autres !

À l’Ascension, les dieux magnétiques aspirent les images vers l’inaccessible firmament.


 

À la Pentecôte, on rêve tous de s’évader et de descendre à la plage.


 

Des dunes solitaires et des espaces surpeuplé, du grand ciel plutôt que du plafond.


 


 

Parfois on s’égare.


 

Quand on a de la chance, on y parvient.


 

Rendez-vous mardi 2 juin 2020, le premier jour des jours d’après.

Merci à Name June Paik, Jean Moral, Raoul Hausmann, Rei Nato, Nicolas de Staël.



Vendredi 29 mai 2020

 

Guy Bedos (1934-2020) est mort hier, ce jeudi 28 mai 2020.


 

Thierry Frémaux et Guy Bedos (2016) ©Nicolas Villodre.

Depuis hier, la presse est unanime, au point que les articles du Monde ou de L’Obs, longs et détaillés, sont en ligne intégralement, et non pas réservés aux seuls abonnés.

Enfin, unanime...
Pierre Desproges (1939-1988) émet quelques réserves : "La presse est unanime, hormis L’Humanité qui considère sa disparition comme une manœuvre du gouvernement, et même Minute, où Bedos n’avait pas que des amis, exprime la sincérité de son deuil de ce pétomane pro-palestinien, de ce comique troupier néo-castriste."


 

Outre ce panégyrique, les hommages se multiplient, venant de toutes parts.
C’est qu’il n’était pas seulement un "humoriste" très connu et un comédien, mais qu’il avait viré très tôt "éditorialiste", avec un rôle social. Précurseur de cette race qui fleurit désormais sur tous les plateaux de la télé permanente, - une race devenue souvent informe et arbitraire -, avant Coluche (1944-1986), il avait brisé l’écran fallacieux entre spectacle et politique.
Sur la nouvelle place publique ainsi révélée, il avait très tôt pris la parole et ne l’avait plus lâchée, il était passé à l’action aussi, comme sniper vigilant, se voulant "consolateur" comme il l’a dit quelque part. Voilà, il consolait, c’est pourquoi il était populaire et très aimé, ses yeux tristes (et rusés à la fois) n’y étaient sans doute pas pour rien.


 

Il n’est pas indifférent qu’il ait fait ses débuts à la Fontaine des Quatre-Saisons, le cabaret de Pierre Prévert. En 1955, dans Marie Chantal, un sketche de Jacques Chazot, mise en scène de Michel de Ré, avec Judith Magre, il jouait l’orphelin qu’on fait asseoir. Ça peut marquer un destin.
Il y rencontra aussi du beau monde, Boris Vian, Barbara, Jean Yanne, Jacques Dufilho, Jacques Prévert, Mouloudji, Francis Blanche...


 

Partout, bien sûr, on a fait référence à La Drague (1973), qui nous avait, en effet, fait hurler de rire à l’époque.


 

On aime bien, aussi, France-Dimanche, au Théâtre de la ville, en 1969, avec Sophie Daumier.


 

Sur la vidéo de l’INA, la malheureuse est à ce jour prénommée Sophie Saumier, ils vont peut-être s’en apercevoir et corriger.

Parmi les 44 films où il a joué, on n’oublie pas le grand succès, sélection officielle de la Mostra de Venise 1963, dont il fut co-scénariste, le début de sa notoriété :

* Dragées au poivre de Jacques Baratier (1963).


 

Et on a un faible pour son dernier film :

* Et si on vivait tous ensemble ? de Stéphane Robelin (2011).


 


 

Il faut également le voir dans son éco-système naturel, la Méditerranée :

* Guy Bedos, un rire de résistance de Dominique Gros (2009).


 

Bonnes lectures :

* Guy Bedos, Le Jour et l’Heure, Paris, Stock, 2008.


 

* Guy Bedos, Je me souviendrai de tout. Journal d’un mélancolique, Paris, Fayard, 2015.


 

Sur France culture.


De la Cinémathèque de Toulouse, une master class de Peter Greenaway

* Nouvelles perspectives (9 mars 2015, dans le cadre du 9e festival Zoom Arrière).

[Rencontre avec] Peter Greenaway "Nouvelles perspectives" from La Cinémathèque de Toulouse on Vimeo.


 

Et, toujours de Toulouse, en prime, de derrière les fagots :

* La cheminée fume de chez Pathé Frères (1907).

La Cheminée fume (Pathé Frères, 1907) from La Cinémathèque de Toulouse on Vimeo.


 


Enfin, Ciné’fil signale sur Arte, en replay :

* Olivia de Jacqueline Audry (1951).
Disponible jusqu’au 7 juillet 2020.


 



Jeudi 28 mai 2020

 

On évoquait, hier, la guerre du Vietnam comme une souche des révoltes des années 60.
Il y eut aussi, bien sûr, la lutte pour les droits civiques, et le film de Don Kent, Les Années 68 y fait largement référence, qui se termine par ces mots "Tout reste à faire".
Si on a du mal à imaginer que la ségrégation raciale soit si récente - elle n’a cessé officiellement qu’en 1965 aux USA, et en 1991 en Afrique du Sud -, on redécouvre, chaque jour, que la bête immonde couve encore, un peu partout.


 

L’assassinat en direct, dans la rue, par les flics de George Floyd, lundi 25 mai 2020, à Minneapolis, sous les yeux et les cris des témoins impuissants, sa lente agonie, sa plainte, ce "spectacle" épouvantable a fait le tour des réseaux sociaux, et "l’affaire"a même déjà son wikipedia.


 

Une humanité irrécupérable ?.
Les émeutes se sont déclenchées immédiatement à Minneapolis, et des protests aussi de Chicago à Los Angeles, et la colère redonne courage et espoir.


 


 


 


 

Mais, chaque matin le prouve, l’Enfer n’est pas au fond d’une forêt obscure, il n’est pas composé de 9 cercles, il n’a pas la forme d’un entonnoir (infundibuliforme dirait Isidore Ducasse).


 


 

Il est en bas de chez soi, dans la rue, en écran plat et format rectangulaire, l’horreur subie, l’horreur contemplée, l’obturation hermétique entre scène et salle, quelque chose comme la définitive fragmentation de l’espèce.

* Stig Dagerman, Vårt behov av tröst, Stockholm, Norstedts, 1952. Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, traduction de Philippe Bouquet, Arles, Actes Sud, 1984.


 

En lecture libre sur le Net.


De San Diego, le MOPA fête l’anniversaire de Dorothea Lange (1895-1965), 125 ans avant-hier, le 26 mai 2020, en revisitant son exposition de septembre 2017.


 


 


Le Free Best Of de Nicole Gabriel :

* Trois dans un sous-sol (Tretya meshchanskaya) de Abram Room (1927).
Avec Vladimir Fogel, Ludmila Semenova, Nikolaï Batalov.


 


Depuis la Cinémathèque de Toulouse, une conférence :

* Du Free Cinema à la British New Wave : retour sur un moment-clé de l’histoire du cinéma britannique, par Christophe Dupin et Walter Lassally.

[Conférence] Christophe Dupin et Walter Lassally from La Cinémathèque de Toulouse on Vimeo.


 

Cf. aussi :

* Massimo Olmi, "Les débuts du Free Cinema (1956-1963)", Jeune Cinéma n°19, décembre 1966-janvier 1967.


À Bruxelles, où la Galerie Templon a rouvert, on pourrait reprendre le sourire et des forces morales avec les chevaux roses de Will Cotton.

* Will Cotton. The Taming of the Cowboy (28 mai-31 juillet 2020).


 



Mercredi 27 mai 2020

 

Bon anniversaire au site de Jeune Cinéma, né en 2014, six ans aujourd’hui.


 

Edward Hopper, Solitary Figure in a Theater (1904).


Rien de plus urgent que de revoir un film qui fêta le cinquantenaire de Mai 68, en mai 2018 sur Arte.

Le film, en deux parties, considère cette décennie prodigieuse (1965-1975), où les "clusters" de contestation surgissaient partout sur la planète, opérant un renouvellement radical des visions du monde. Très peu de clichés usés et beaucoup de documents rares et inédits : on retrouve quelques grands témoins, des figures connues comme Judith Butler, Greil Marcus, Erri De Luca ou Toni Negri, on découvre quelques figures lointaines, comme Seiko Oki ou Kathleen Cleaver.

* Les Années 68 de Don Kent (2017) :

* La Vague (1965-1969).


 

* L’Explosion (1970-1975).


 

Surtout, on regarde ce film à peine vieux de trois ans, cette convergence des luttes d’époque, avec le regard et les habits neufs de pandémiés hyperconnectés que nous sommes devenus en quelques mois.

Il y a 50 ans, c’est la guerre du Vietnam qui avait focalisé les révoltes.
Aujourd’hui, demain, ici et maintenant (devenus tout petits), les maladies de la Terre et de l’espèce humaine, hétérogènes et dispersées, pourraient-elles générer, comme en chimie, ce "précipité" plus stable et majoritaire, tant espéré et qui couve depuis un moment ?

Replay disponible jusqu’au 17 juillet 2020.


Le Free Best Of de Nicole Gabriel :

* Martha de Rainer Werner Fassbinder (1974).
Avec Margit Carsten et Karlheinz Böhm.
Sous-titres anglais à activer en cliquant sur "paramètres".


 


Le Festival international du film documentaire d’Amsterdam (IDFA) se tiendra, si tout va bien, en novembre 2020.

En attendant, il met en ligne gratuitement plus de 300 films de sa collection.

Par exemple :

* Aftermath : the Remnants of War de Daniel Sekulich (2001).


 


Le Monde diplomatique de juin 2020 est paru.


 

On le feuillette.

On s’abonne.

On consulte tous les blogs.

Bonne lecture :

* Frédéric Lordon, "Problèmes de la transition", La pompe à phynance, Le Monde diplomatique, 16 mai 2020.


 

©Jacco Olivier, Transition (2010).



Mardi 26 mai 2020

 

Nouvelles du front :

Depuis le lundi 16 mars 2020, confinement dur puis déconfinement erratique, le temps s’est suspendu, transformé en un présent perpétuel, et, à certaines heures blanches de la nuit, c’est comme une figure de l’éternité.
On est si pollué, d’informations, de pesticides et de gaz d’échappement, que c’est difficile de retrouver la ferveur des instants et la fraîcheur du regard, en admettant que les nouveaux nouveaux-nés de l’espèce humaine les aient jamais connues.

Bonne lecture :

* André Gide, Les Nourritures terrestres, Paris, Mercure de France 1897. Folio, Gallimard, 1972.


 


Les instants de Frank Smith transmis par Manuela Morgaine : le souvenir d’un certain dimanche, le 29 mars 2020.

* Le Film des instants ou la retenue des choses en leur état latent, film choral de Frank Smith(2020).

LE FILM DES INSTANTS / THE FILM OF MOMENTS from Frank Smith on Vimeo.


 


Les instants de Prosper Hillairet.


 


Le Free Best Of de Nicole Gabriel :

* Carmen de Jacques Feyder (1926).


 


Le cadeau de la Cinémathèque française, parmi les richesses de la salle Henri, un film d’actualité.

* Le Champignon des Carpathes de Jean-Claude Biette (1988).


 


 


Privé de festival, privé de palmarès, privé de plage, privé de cinés, on est content et flatté d’être accepté comme membre privilégié par le club sélect, Cinécroisette.

Pour compenser les manques, il offre des films en libre accès, dont voici la dernière fournée (jusqu’au 7 juin 2020). Il suffit de donner le mot de passe : cinecroisette

* Mort à l’arrivée (D.O.A.) de Rudolph Maté (1949).


 


 

Et dans la série Festival de Cannes, on peut encore voir des films sélectionnés pour le Festival de Cannes 1939 :

* Diamants noirs (Czarne diamenty) de Jerzy Gabryelski (1939), perdu et retrouvé en 1980.


 

* La Peste Blanche (Bílá nemoc) de Hugo Haas (1939).


 


À New York, souvenir du monde d’avant, dans la rotonde centrale du bâtiment Frank- Lloyd-Wright du Musée Guggenheim, avec des tas de gens sur leur 31 qui se rencontraient et des enfants qui chantaient ensemble.

* Pia Camil, Here Comes the Sun.

Les innombrables T-shirts du monde, récupérés et assemblés en une merveilleuse sculpture de tissu par Pia Camil. Cela semble bête, inutile et joyeux, le monde d’avant.
Insidieusement, la beauté incarcére et ligote les humains, innocents et consentants. Peu à peu, ils réalisent et les rires se figent.
Un projet commandé par le Cercle latino-américain du musée Guggenheim et réalisé avec le soutien, notamment, du Queens Museum.


 


Toujours au Guggenheim, il y a les Works & Process Artists (WPA) Virtual Commissions, soutien financier des artistes en ces temps difficiles.

* Cooped de Jamar Roberts.


 

* Oh, Light de Brandon Stirling Baker.


 

Tout regarder.



Lundi 25 mai 2020

 

Jean-Loup Dabadie (1938-2020) est mort hier le 24 mai 2020.

Commandeur de la légion d’honneur, élu à l’Académie française le 10 avril 2008 - et on sait ce qu’il faut de démarches et d’antichambres pour y parvenir -, c’est un artiste qui a réussi.


 

On a assez affirmé qu’on séparait vie et œuvre, à propos de Roman Polanski notamment, on va pas chipoter.
M’enfin, parmi les paroliers de Julien Clerc, en tant que personne, la préférence c’était plutôt Étienne Roda-Gil (1941-2004).

* On l’appelait Roda de Charlotte Silvera (2018).


 


Nouvelles du front :

Alors que le spectacle vivant est en panne et que les théâtres sont encore plus fermés que les salles de cinéma (qui trouvent des subterfuges virtuels), des idées refont surface.

À Göttingen, le Deutsches Theater continue son activité, autrement.
Il joue une pièce dans son parking souterrain, un drive spectacle, une jauge de 12 voitures :

* Corpus Delicti. Ein Prozess, d’après le roman de July Zeh.


 


 


 


 

Le théâtre affiche complet tous les soirs. C’est que le spectacle est bon, inspiré d’un roman de SF parfaitement pertinent, et que le dispositif préserve les multiples émotions du théâtre, celles d’une intimité collective spéciale, rien à voir avec la communion des églises, tout à voir avec la communauté des manifs, avec distanciation sous-entendue.


 

Il faut dire surtout que le théâtre "hors les murs" en a connu d’autres et que le détournement de la classique relation scène-salle n’est pas nouvelle.
Les amateurs de théâtre avertis se souviennent encore avec émerveillement des séductions - au sens étymologique - des créations du contrebandier André Engel.


 

D’abord, assistant de Klaus Michael Grüber (1941-2008) pour son légendaire Faust Salpêtrière, d’après Goethe à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (Festival d’automne 1975), André Engel se mit à déconfiner activement ses cérémonies théâtrales, pour toucher aussi les corps, capables d’émotions, et plus seulement les esprits, tentés par les raisons : Baal de Bertolt Brecht dans les haras de Strasbourg, en 1976 ; au TNS, la ville soviétique de Week-end à Yaik d’après Serge Essénine, en 1977 ; Prométhée-Porte-feu d’après Eschyle, sur les hauteurs du Val de Fer, au Festival de Nancy en 1980 ; Dell’inferno sur des textes de Dante, Virgile, Ovide, Rilke, dans une usine désaffectée de La Plaine Saint-Denis (1982), et quelques autres.


 

Au passage, on peut saluer le grand scénographe Nicky Riéti, son compagnon de route, et ses dioramas.

Bonne lecture d’aujourd’hui :

* July Zeh, Corpus Delicti. Ein Prozess, Frankfurt am Main, Schöffling & Co, 2009. Corpus delicti. Un procès, traduction de Brigitte Hébert & Jean-Claude Colbus, Arles, Actes Sud, 2010.


 


Une autre échappée au Sahel, avec le MET de New York :

* Le Sahel : Art and Empires on the Shores of the Sahara.


 


 


 


 


 


Une évasion en Islande avec le MAC de Montreal et un concert de l’exposition Ragnar Kjartansson (11 février-22 mai 2016),

* Les Sonorités explosives de la divinité (Der Klang der Offenbarung des Göttlichen,)sur une musique de Kjartan Sveinsson.
En accès libre jusqu’au 5 juin 2020.


 


 


 


 



Vendredi 22 mai 2020

 

Voir voltiger ces petites âmes légères et folles, charmantes et mouvantes - c’est ce qui pousse Zarathoustra aux larmes et aux chansons.
Je ne pourrais croire qu’à un Dieu qui saurait danser.
Et lorsque je vis mon démon, je le trouvai sérieux, grave, profond et solennel : c’était l’esprit de lourdeur, - c’est par lui que tombent toutes choses.
Ce n’est pas par la colère, mais par le rire que l’on tue.
En avant, tuons l’esprit de lourdeur !
J’ai appris à marcher : depuis lors, je me laisse courir.
J’ai appris à voler, depuis lors je ne veux pas être poussé pour changer de place.
Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant je me vois au-dessous de moi, maintenant un dieu danse en moi.

Frédéric Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen, 1883-1885).


 

On en profite pour écouter l’intégrale de cet indispensable manuel de savoir-vivre lu par Michael Lonsdale en 2016.


 


Le Free Best Of de Nicole Gabriel enchaîne naturellement :

* Flamenco de Carlos Saura (1995).
Avec José Luis Gómez, le narrateur, et les grandes figures du flamenco de l’époque : Joaquín Cortés, Rocío Jurado, La Paquera de Jerez, Merche Esmeralda, Fernanda de Utrera, Chocolate, Aurora Vargas, Carmen Amaya, etc.


 


Ensuite, un film d’espoir où l’ont voit surgir, au détour des images, quelques unes de nos icônes, Hushpuppy ou Ben Cash par exemple.

* Qu’allons-nous faire de ce qu’il nous reste de vie ? par les Cerveaux non disponibles (2020).


 

Nul n’a oublié le cynisme de TF1, en 2004 : "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible".

Nos cerveaux ne sont pas disponibles.

* Raoul Vaneigem, "Décrétons l’autodéfense sanitaire", 20 mai 2020.

Nous sommes tous des aides-soignants. Le combat est partout où le pouvoir des Communes interdit les pesticides et les nuisances, réinvente l’école, les transports, les structures hospitalières, l’existence quotidienne.
C’est un adage médical bien connu, que la plupart des maux se guérissent d’eux-mêmes si on leur donne suffisamment de temps.
Nous sommes ce temps-là.


Enfin, Ascension pour tout le monde, au dessus de leurs mêlées et de nos contingences de la vie quot : de quoi lire et méditer ce week-end, venu de Zones subversives.

* "Le Marxisme hétérodoxe de Michael Löwy", Chroniques critiques, 21 mai 2020.


 

Bonnes lectures :

* Jean-Marie Harribey & Michael Löwy, éds., Capital contre nature, Paris, PUF 2003.


 

* Michael Löwy, Écosocialisme. L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Paris, Mille et Une Nuits, 2011. Paris, Le Temps Des Cerises, à paraître en juin 2020.


 


 

* Arno Münster avec Fabio Mascaro Querido, Le Marxisme "ouvert" et écologique de Michael Löwy. Hommage à un intellectuel "nomade", Paris, L’Harmattan, 2019.


 

Et pour les perfectionnistes, un flash back :

* Michael Löwy, Marxisme et romantisme révolutionnaire, Paris, Le Sycomore, 1979.


 

Dans le Maitron.



Jeudi 21 mai 2020

 

Nouvelles du front : à Times Square, les Messages for the City.


 


 


 


Le Free Best Of de Nicole Gabriel :

* Dimanche d’août (Domenica d’agosto) de Luciano Emmer (1950).
Avec Anna Baldini et Marcello Mastroianni.


 

Pour activer les sous-titres anglais, cliquer sur "paramètres".


Le cadeau de Bref Cinéma :

* La Grève des ventres de Lucie Borleteau (2012).


 


La Cinémathèque, dans sa salle Henri, rend hommage à Michel Piccoli avec deux films de Jacques Rozier.

Ce soir, chez vous :

* À 20h30 : Le Parti des choses : Bardot et Godard (1963) et Paparazzi de Jacques Rozier (1963).


 

Au fond, ce qu’on aurait aimé, c’est que dans les hommages à Piccoli, dans les souvenirs, les documentaires, les entretiens, dans l’océan du Net, aparaisse un film puissant qui hante nos mémoires :

* Le Saut dans le vide (Salto nel vuoto) de Marco Bellochio (1979).


 

Seul, Piccoli en parlait.

Mais Marco Bellochio, un des précurseurs de Mai 68 avec Pugni in tasca (1965), a toujours eu, quel que soit les sujets de ses films, une place à part dans le monde du cinéma, celle des subversifs, et il a traversé des déserts.
Dans le cas de la folie, il avait de "mauvaises" fréquentations, par exemple Franco Basaglia (1924-1980).
Il semble qu’il soit revenu en grâce, en 2019, avec Le Traître (Il traditore).

Pour se consoler, on se regarde le film collectif légendaire :

* Fous à délier (Matti da slegare) de Silvano Agosti, Marco Bellocchio, Sandro Petraglia et Stefano Rulli (1975).

Matti da slegare "Locos de desatar" (Silvano Agosti, Marco Bellocchio, Sandro Petraglia,Stefano Rulli, 1975) from Rodolfo Alvarez del Castillo on Vimeo.


 


À Tokyo, au Musée d’art moderne (MOMAT), on aurait pu voir l’exposition Peter Doig (26 février-14 juin 2020) et découvrir ainsi un univers étrange, hétéroclite et homogène, à la fois reconnu institutionnellement et mal connu du grand public.


 

Son inspiration, il la trouve non pas dans les réalités ou dans les concepts, mais dans leurs reflets et les images déjà produites par d’autres, photos, affiches, pubs, films tout ce fatras qui sédimente dans les imaginaires collectifs de notre civilisation débordée.
Il les prolonge, les allume, les rassemble, les transcende avec ses propres couleurs, provoquant chez le "regardeur" - qui fait le tableau -, cette fameuse sensation d’étrangeté, inquiétante parce que familière, comme on le sait.
D’une certaine façon, il fait du récup’art, symbolique, et il pourrait être qualifié de DJ post-romantique.


 

Les musées du monde qui l’ont accueilli en parlent de façon plus sérieuse, la Tate Britain de Londres, Beaubourg, à Paris, la Fondation Beyeler à Bâle. la Schirn Kunsthalle de Francfort, le (MBAM) de Montréal, ou la Scottish National Gallery of Modern Art, à Édimbourg, en hommage à l’enfant du pays.


 


 


 


 

Le MoMA a mis en ligne certaines de ses œuvres.



Mercredi 20 mai 2020

 

On commence par les plaisirs.

Le Free Best Of de Nicole Gabriel :

* Él (aka Tourments) de Luis Buñuel (1953).
Avec Arturo de Cordova et Delia Garcés.


 

Pour activer les sous-titres anglais, cliquer sur "paramètres".


Après Murder Most Foul deux nouvelles de Bob Dylan. et I contain multitude.

* False Prophet.


 

Dans I contain multitude, un clin d’œil délicieux, pour les initiés, qui révèle sa duplicité. I contain multitudes, A red Cadillac and a black mustache.
C’était donc lui-même, cette irrésistible créature avec une cadillac rouge et une moustache noire...


 

Avec la version de Dominic Halpin.


 


À Beaubourg, on circule virtuellement dans toutes les galeries et tous les recoins.

Par exemple, on visite l’expo Francis Bacon de chez soi.


 

Et, comme chaque mercredi, on se retrouve dans la salle de cinéma virtuelle du Cinéma du musée :

Aujourd’hui, à partir de 15h00 et jusqu’au 26 mai 2020, deux films :

* Grand Littoral de Valérie Jouve (2003).

* Marseille vieux port de László Moholy-Nagy (1929).


On n’entre toujours pas dans les grands musées.
Mais on peut sortir de chez soi et prendre le temps de lever les yeux pour regarder les beautés extérieures et publiques des villes.

Par exemple, en admirant la façade du Palais de la Porte Dorée on peut découvrir Alfred Auguste Janniot (1889-1969) et sa "tapisserie de pierre" de 1130 mètres carrés qui exalte les richesses coloniales, réalisée pour l’Exposition coloniale de 1931.


 

Les sculpteurs monumentaux, par définition acoquinés au pouvoir et à l’air du temps, sont rarement du côté des révolutions.
De plus, ils ont des destins paradoxaux. Leurs œuvres sont accessibles à tous mais, non seulement, elle trimballent toujours plus ou moins des relents politiques, mais encore, évidentes, elle deviennent vite invisibles par excès de familiarité.

Dans le cas du Musée des colonies, si on y prête bien attention, le plaisir est double car cette façade diffuse la beauté des mauvaises causes, explosante-fixe, magique-circonstancielle, avec, toujours, quelque vieux Satan qui rôde dans nos culpabilités.


 

Alfred Auguste Janniot a aussi célébré la rencontre de l’Amérique et de l’Europe (New-York, Rockefeller Center) en 1934, l’Appel du 18 Juin à Suresnes au Mont Valérien (avec 16 autres sculpteurs) ou les légendes de la Terre et de la Mer pour le Palais de Tokyo et l’Exposition Universelle de 1937. C’était un artiste de son temps.


 


 


 


Déconfinement et vague à l’âme.
L’avenir est informe, les projets sont évasifs.


 

Pourtant chacun peut se découvrir des talents et des inspirations d’utopiste.
Il suffit pour cela d’avoir de bonnes informations, qui, par définition, balisent les territoires, comme "on" dit désormais.

* Et chacune : Merci Replay avec Élise Lucet et son dernier Cash Investigation : Égalité hommes femmes. Balance ton salaire.
Toujours pétillant, plein d’étonnantes bonnes idées et disponible jusqu’au 19 janvier 2038, ce qui laisse le temps de changer la donne, qui, en France, demeure la plus pourrie.

* Lundi Matin #243 est paru.

On s’y réfère à Ivan Illich.

Et on y suggère un plan, Écologistes, ZAD et syndicalistes, ensemble, avec une bifurcation le 17 juin 2020 : Agir contre la réintoxication du monde.


 

* Avec Syllepse, on ne rate pas la mise à jour de Un virus très politique #8


 



Mardi 19 mai 2020

 

Michel Piccoli (1925-2020) est mort mardi dernier, le 12 mai 2020.

Il appartient désormais, pour les médias unanimes, à la confrérie aristocratique des "monstres sacrés".
L’expression viendrait de Proust, et a fait le titre d’une pièce de Cocteau en 1940.
Reprise en cliché par les troupeaux, elle évoque, irrésistiblement, l’idée de "vache sacrée", à laquelle il est interdit de toucher, et, bien sûr, celle de monstre, ce qu’il n’était jamais devenu.
Le Monde l’a qualifié de légendaire, c’est déjà mieux.


 

Partout également, la musique du Mépris, devenant rengaine, et les machintrucs-cultes habituels. C’est bien Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963) et aussi ce que Piccoli en disait, c’est bien Les Choses de la vie de Claude Sautet (1967), et peut-être même que ce n’est pas si "grand public" qu’on le croit. Donc c’est juste de les évoquer.


 

Mais pourquoi ne pas en profiter pour entraîner vers la découverte ? Le "grand public", imaginé par les médias, ne "découvre" pas seulement les dernières pubs, il est ouvert, intelligent et curieux.
Car Michel Piccoli méritait plus que ça, un peu plus de temps de recherche même pour un simple flash au JT, un regard plus attentif, outre ses 233 films, ne serait-ce que l’évocation de son travail théâtral avec les plus grands metteurs en scène Jean-Marie Serreau, Claude Régy, Jean-Louis Barrault, Jean Vilar, Peter Brook, Patrice Chéreau, Luc Bondy, Bob Wilson, Klaus Michael Gruber, André Engel...


 

Il réalisa aussi 4 films, et peut-être qu’en tant que réalisateur, il en disait plus long sur sa vision et son art qu’en tant qu’interprète.

* Alors voilà, de Michel Piccoli (1997), sélectionné et récompensé à la Mostra de Venise 1997, et ce qu’il en disait.


 

* C’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé de Michel Piccoli (2005), sélectionné à Cannes 2005.


 

Notre souvenir le plus ancien de lui, c’est lui tout seul, sous le regard de Ado Kyrou, qui, à l’époque, s’appelait encore Adonys, flânant dans le Marché aux Puces, y croisant André Breton, et tombant fou en amour pour des cheveux de femmes. Kyrou était présent et nous avait raconté l’anecdote de cette rencontre inattendue, pas prévue dans le script.

* La Chevelure de Adonys Kyrou (1960).
(Si on tombe sur un "désolé" noir, prière de persévérer, c’est visible.)


 

On avait programmé le court métrage au ciné-club hebdomadaire de l’UNEF, Zéro de conduite (1964-1967), à l’amphithéâtre annexe de la Sorbonne, le mercredi 24 novembre 1965. Au programme de cette soirée mémorable : Hommage à Positif, avec d’autres courts métrages, de Raymond Borde, Bernard Chardère, Nelly Kaplan, Louis Seguin.

Et on l’avait revu au printemps 2010, à la Cinémathèque, dans le cadre de Anarchie et cinéma, une carte blanche à Jean-Pierre Bastid, une copie sans Breton, qui semble être la seule qui circule désormais, pour d’obscures raisons de droits, ou quelque chose comme ça.

On s’approche un peu de lui, sur Arte :

* L’Extravagant monsieur Piccoli de Yves Jeuland (2015).


 

Disponible sur Arte du 18 mai au 18 juin 2020.

Bonne lecture :

* Jacques Zimmer, Piccoli grandeur nature, Éditions Nouveau Monde, 2008.


 

Sur France Culture.


Avec la Cinémathèque française, un film reconstruit en 1966 à partir d’un négatif d’origine acquis en 1958.


 

* Le Lion des Mogols de Jean Epstein, argument de Ivan Mosjoukine (1924).


 


 


 



Samedi 16 mai 2020

 

Cannes 2020

Ce qu’on a raté : Visions Sociales (16-23 mai 2020), qui aurait dû commencer aujourd’hui.

En 2020, c’était Pierre Schoeller, le parrain.

Visions Sociales 2020 : la bande annonce from CCAS on Vimeo.

Mais chaque jour, Visions sociales offre deux films en accès libre, et les autres sur abonnement.


Le Free Best Of de Nicole Gabriel :

* Le Deuxième Souffle de Jean-Pierre Melville (1966).
Avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Jean Constantin.


 


La Cinémathèque française, fermée depuis le 13 mars 2020, est plus que jamais présente et généreuse.

Dans sa quatrième salle, la virtuelle dénommée Henri, elle propose, chaque soir à partir de 20h30, un film restauré dont elle possède les droits de diffusion. Et cela jusqu’à la réouverture des salles.
Depuis 3 semaines, il commence à y avoir des merveilles et du choix.

Ce soir, avec le CNC et Lobster films :

* À 20h30 : La Galerie des monstres de Jaque-Catelain (1924). https://www.lobsterfilms.com/fr/evenement/32
Accompagnement musical de Serge Bromberg.


 


 


Salut les câblés !

La semaine télé de Jeune Cinéma du 16 au 22 mai 2020.


 


Demain, dimanche 17 mai 2020, on va au Japon, écouter Tomuya, le francophile en direct.


 

Élise Lucet l’avait reçu, pour la sortie de son album Un Japonais à Paris (2007).


 

On aime La Bicyclette, les Champs Elysées avec Lio, ou Le Poinçonneur (Lost in metro) avec Bernard Lavilliers.

* À 13h00, heure française : Tomuya en live.


 



Au fil du temps, tous les éditos
 

Voyage dans le temps.

 



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